Comme un veilleur

16 novembre, 2009

La poignée de cendres fit de minuscules ronds dans l' eau comme une pluie d' avril. Les deux bougies stagnaient, immobiles sur leur radeau de fortune, insoumises  au courant. Le reste de ton écorce tomba lourdement dans la rivière. Un corps, même réduit en poussière, reste toujours un corps. Encombrant, maladroit.

Ce n' était pas un fleuve birman. Juste celui de ton enfance. Les bougies sur l' eau lentement se sont éloignées. Flammes et reflets. Dessus, dessous. Lumière liquide. Le grand voyage…

Mais toi, tu es resté. Quelqu' un a dit, quelque part, que tu étais comme un veilleur sur la berge…

A Luc…

J ‘ y étais

9 novembre, 2009

J'' y étais dans cette voile, dans ces dessins sur fond de ciel, ces piqués vertigineux et ces chutes lamentables. Dans le sable qui te bouffait les yeux. Dans le galet que le sel façonnait. Dans la danse immobile des cormorans, posés sur une patte, l' oeil rivé vers la rafale. Dans ce désert mouillé comme une femme offerte, où le vent parfois venait sculpter la courbe d' une hanche… Je suis une grève au corps changeant, soumise aux grains et aux bourrasques. Une étendue inconsolable, peuplée d' oiseaux noirs et blancs…

” Tu ne trouves pas ça insolite, nous, ici, en novembre “, il disait…

Il pleut

4 novembre, 2009

Il pleut et je voudrais le monde de tes bras entrouverts. Couchés, déraisonnablement nus, ton corps plaqué contre mon dos, jambes repliées en un étrange zig zag. Le Z des amants. Mon sein, si petit dans ta menotte. Si petit de toute façon. Un baiser contre ma nuque, dans le silence d' après le tumulte, d' après les mots fous, dans l' apaisement des corps rompus. Il pleut et je voudrais me taire avec toi. Et parce que tout pourrait s' arrêter là, parce qu' il n' y aurait aucun regret, aucune amertume et nul endroit où être mieux, en un ultime abandon, m' endormir peut être, ou simplement mourir un peu.

Il pleut et j' ai compté les gouttes, une à une, se fracasser sur ma vitre, dégoulinantes de vide. Il pleut. Et j' ai envie de toi.

Il était une voix

30 octobre, 2009

Un phrasé. Une douceur ou des cailloux qui roulent. Un cri arrêté qui ne sortira pas. Un fleuve. Un sentiment craché au bout, tout au bout d' un souffle. Une vibration d' amour qui coule dans l' espace d' un soupir. Des mots vrais lancés devant un champ qu' on laboure. Une conversation ininterrompue. Un flot qui me poursuit.

Une voix est comme une peau qui s' offre à une caresse. Un abandon. Une résonance qui ne triche pas. Quelque chose qui n' appartient pas au monde des hommes. Qui vient d' infiniment plus loin et ne s' éteint jamais.

Une voix. Mémoire de toutes les colères du monde, des amertumes, des empêchements. Une voix chargée de pluies d' automne et de sanglots, d' horizons clairs, de vent du large, de cargos en partance, de tendresse, d' enfance, de joies simples, de désir et de draps froissés…. Une lumière au crépuscule, un phare, une balise. Roulant jusqu' à moi quand je tombe, me lavant de mes souillures, attisant le feu à mes reins. Une voix que je chevauche, que je pétris. Une expiration qui crie mon nom à l' aube de mon désert. Chaude. Et limpide. Et désirante. Une voix. La plus douce d' entre toutes. Ta voix. Errante à mon oreille, comme une chanson triste…

Fratrie acide

24 octobre, 2009

Je ferme les yeux et sur fond noir et blanc, c' est notre enfance qui défile. A cette époque tu étais encore mon grand frère et quand je disais ces mots, je balbutiais le monde. Toi, la forte tête, l' insoumis, le mauvais garçon au soit disant coeur tendre. Celui pour qui je ne regrettais pas de faire pleurer ma mère. Celui dont je revois les mots écrits sur une carte postale ” Surtout, ne sois jamais sage, petite soeur…” C' était il y a longtemps. C' était avant…

Avant ces mots de trop qui vous tatouent l' intérieur. Ces rapports passionnels que tu adores et que j' exècre. Les liens du ventre n'existent pas. Il n' y a d' amour que celui qui se mérite, qui se polit, qui chemine. Si nous avons la même sève nous n' avons pas la même écorce.

Je n' oublie rien. Ne renie rien. Il y a sans doute un peu de toi dans ce que j' ai de meilleur. Mais on ne revient pas en arrière.

Et qu' importe le sang quand le coeur n' y est plus…

Comme une pluie d’ octobre

19 octobre, 2009

Le temps n' est plus au chaos et je caresse les loups.

Penser à toi, dans la simplicité des choses, non dans leur fièvre. Mais y penser sans cesse. Sentir ton regard se poser sur tout ce que je touche, ton souffle à mon cou, apprivoiser enfin ta voix. Etre là. Tout près. Rester là. Tout contre. Malgré les silences, les errances. Pour un mot tendre, un seul. Pour un frisson à venir, pour une audace peut-être. Aimer. T' aimer. Tout aimer. Intimement, fidèlement. Dans une douceur de miel. Savoir que ça ne passe pas. Que ça ne passera jamais. Qu' il  y a juste à sourire.

Je veux t' aimer ainsi. Sans peser. Je vais t' aimer, tu sais…   Légère et silencieuse, comme une pluie d' octobre.

16 octobre, 2009

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Morvan

16 octobre, 2009

C' était un jour d' enterrement. Il y avait foule au village. Jamais, en une semaine, on n' avait entendu passer autant de voitures devant la maison isolée de l' amie qui nous hébergeait. On a grimpé la colline pour aller aux nouvelles. Une vieille dame était morte, femme d' éleveur, native du bourg. ” L' a bouffé son acte de naissance ” comme ils disaient. Ici les vieux ne partent pas tout seuls. Respect.

J' ai poursuivi la balade et j' ai rencontré Jean à la sortie du cimetière. Un costume, celui qu' on ne sort qu' à Pâques ou aux enterrements, forcément, ça vous change un homme… Mais sous la cravate enfin dénouée, j' ai reconnu son air rougeot et jovial et cette voix un peu haut perchée qui m' avait frappée la veille, quand je l' avais vu soigner ses vaches. On a fait un bout de chemin ensemble. Il a parlé de sa vie ici, de sa jeunesse dans ce village autrefois prospère. De sa famille et de ses fils qui n' ont jamais trouvé à se marier parce qu' aucune femme ne veut de cette vie là, parce qu' il n' y a plus de filles ici de toutes façons. Plus d' enfants non plus. On s' est assis sur une pierre au soleil rougissant. Il a raconté son métier, son troupeau de deux cents têtes et ces veaux qu' à peine sevrés on envoie en Italie bouffer des granulés, quand partout les prés regorgent  d' herbe grasse. Il ne se plaignait pas, Jean. Il disait juste ” C' est plus comme avant “. Il ne se plaignait pas, non. Il racontait, c' est tout.

Je ne lui ai pas dit que j' étais née là, à un jet de pierre, ni combien j' aimais, comme lui, cette terre sauvage, ces collines, ces pâtures et ces chemins creux… Ce pays d' eau, pauvre et austère, pourquoi est ce toujours en octobre qu' il me revient, comme une histoire d' amour mal finie? Avais je déjà perçu dans le ventre de ma mère, le jaune profond de ses forêts? Au matin de ma naissance, le soleil prêt à poindre sous la brume épaisse? Me suis je nourrie, avant de m' agripper au sein, de l' odeur de la terre noire et du bois qu' on brûle? En même temps que les mots apaisants de mon père, goûté aux berceuses des ruisseaux?

Ce paysage, triste et souriant, m' a modelée à son image et c' est toujours à l' automne que le Morvan revient…

Les filles

8 octobre, 2009

Il y a les filles qu' on aime et celles que l' on désire. Celles dont on rêve et celles que l' on quitte. Des pas farouches qu' on déshabille très vite. Des touchantes qu' on n' a pas envie de toucher. Des rigolotes. Des emmerdeuses. Des furies capables de tout. Des qui vous mènent par le bout du nez. Des menteuses, des brodeuses, des rancunières, des cruelles. De vraies gentilles qui vous montrent leurs seins quand vous avez du chagrin. Il y a celles avec qui vous osez vos larmes et d' autres qui  vous préfèrent invincibles, en Tarzan de supermarché. Celles à qui il faut répéter nuit et jour qu' on les aime, de la tête aux pieds et pour plus loin que toujours. Celles auprès de qui on passe sa vie, en rêvant de cette autre, croisée une seule fois, qu' on n' oubliera jamais. Celles qu' on garde sous le coude, pour les jours de disette. Des transparentes aux veines bleues et des trop belles qui s' étonnent quand on ne les regarde pas. Des cabossées de la vie, si fines et fragiles. Et fortes à la fois. Si douces entre les cuisses. Ailleurs. Des soleils…

Et puis y a les filles qui  posent des tas de questions à la con !

4 octobre, 2009

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