Parfois on reste pour un sourire
Quelque part entre Galway et Clifden. Il pleuvait, comme il pleut aujourd' hui et nos yeux s' étaient épuisés tout le jour à vouloir transpercer un brouillard têtu. C' était une nuit avant l' heure et ce fut la volonté tenace du hasard de nous mener au bout de ce chemin de terre, serpentant à travers la lande. Au bout… Jusque chez lui. Il a ouvert la porte un peu surpris. Plus personne ne s' aventurait par ici en cette saison glaciale. Les quelques pas qui séparaient la voiture de l' entrée suffirent à nous tremper de la tête aux pieds et je vis que c' était un très vieil homme. Couloir étroit. Moquette chamarrée au sol, rayée aux murs, chinée au plafond… D' une démarche d' empereur, il nous précéda jusqu' à la chambre qui était du même acabit, en plus fleurie, dégorgeant de bibelots kitch et de tableaux moches. Odeur de renfermé, d' humide, de cire et de suie. Un caveau à tentures avec vue sur le brouillard… Je ne tiendrai pas, j' ai pensé. Et puis j' ai vu son sourire. Il souriait comme seuls savent le faire les gens en qui la vraie gentillesse s' est fait un nid. La gentillesse profonde, rare et désarmante. Je suis restée pour elle.
Au matin, la baignoire donnait une eau rouge et ocre de rouille et d' argile mêlées. Il nous offrit le petit déjeuner dans sa cuisine qui était aussi la pièce à vivre. La préparation des oeufs au bacon fut délicieusement interminable, me laissant tout loisir de m' imprégner de ce lieu que je m' étais mise à aimer parce que j' avais aimé un sourire. Alors, le brouillard se déchira d' un coup et le paysage apparut tout entier, comme un corps qu' on vient de déshabiller: landes et terre noire, côtes déchiquetées, pierres dressées comme des stèles, moutons téméraires; l' Irlande, cimetière pour les vivants, sauvage, riante et désolée… Ce fut cette image là que j' emportais avec moi en reprenant la route dans l' autre sens, mes vêtements imprégnés d' humide, de tourbe, de cire et de suie.
Un arc en ciel naissant dessinait un sourire à l' envers, sur une mer en furie…
18 janvier, 2010 à 7:29
beau texte. Il y a donc des rencontres comme des arcs en ciel ?
18 janvier, 2010 à 19:45
Oui, beau texte dont le “parfois” donne tout son gôut.
18 janvier, 2010 à 22:47
SOUS des arcs en ciel aussi, PARFOIS… Mais c’ est plus rare !-)
Merci à vous deux
8 février, 2010 à 8:23
L’Irlande… J’adore l’Irlande. Une terre promise rêvée depuis toujours. Et puis un jour, après des années d’attente, un voyage d’un mois, une traversée à vélo de la côte ouest, du sud à Galway via Dingle, le Burren, l’île d’Aran,… (pas eu le temps ni les mollets de pousser jusqu’au Donegal, gros regret, ce sera pour une autre fois.)
Ce pays est un enchantement absolu. Ce pays et ses gens, oui. UNe hospitalité bouleversante. Et ces murets de pierres découpant les verts.
Connaissez-vous le film “La Fille de Ryan” de David Lean, qui sublime ce pays comme c’est pas permis ?
Quelques extraits et commentaires ici : http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-20257941.html
et là : http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-21323845-6.html#anchorComment
10 février, 2010 à 9:55
Un vrai grand beau film romantique ? Un de ceux où faut la boîte de Kleenex sur les genoux ???
Je vais me regarder ça, alors…
Merci Clarinesse
-)